Proposition de scénographie pour Les Marchands, un texte de Joël Pommerat.

EnsAD 2012.

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(English below)

Les Marchands est un drame communautaire. Les protagonistes sont rassemblés par leur aliénation au travail. Une aliénation qui s’exprime dans la scénographie par l’angoisse du vide, de l’isolement, la peur de ne plus être englobé. Le texte est donné par une narratrice sur scène, qui reconstitue les faits comme si elle témoignait de ce qui s’était passé dans cet endroit, les autres comédiens ne parlent pas, ils se déplacent et executent différents mouvements.

Dans les premières scènes, le plateau est vide de tout élément matériel et est entouré d’un précipice. Le plateau est une zone de passage, de croisements. Seul le personnage de l’amie, qui ne travaille pas, a un espace dédié à l’avant scène, un espace délimité également par un vide, dont elle ne sortira jamais. Lorsqu’elle ne joue pas, elle végète au premier plan dans l’ombre de « son appartement ».

Au centre du dispositif : une fenêtre dans laquelle est vidéo-projetée une vidéo de l’extérieur. Cela indique de manière très réaliste le lieu de chaque scène par sa hauteur : appartement au 11ème étage, au 23ème étage, devant l’usine, hall d’immeuble, … La fenêtre fonctionne comme une vue d’ascenseur, faisant défiler le paysage et, agissant sur cet espace mental commun, elle transporte l’ensemble du plateau. Cette vue situe et hiérarchise le sens des réalités de son usager. Lorsque le drame converge vers la défenestration de l’enfant, on tombe avec lui en vue plongée vers le sol.

La peur du vide est inhérente au drame de cette communauté, la chute menace en permanence. Dès lors que des blocages apparaissent un par un dans l’histoire, des morceaux d’usine tombent et bloquent le plateau, ils sont d’abord subi par les personnages comme une contrainte, des obstacles. Puis on assiste à l’évolution de l’attitude des ouvriers de passive à active vis-à-vis de la lente mort de leur usine. Ils vont progressivement utiliser les débris, les trier, les modifier et a fortiori les faire disparaître en les faisant tomber dans le précipice entourant le plateau. Le problème s’efface peu à peu… et chaque élément tombé puis disparu réapparaît instantanément à sa place originelle, dans le plafond. Jusqu’à revenir au décor initial : l’usine ré-ouvre.

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Les Marchands (The Merchants). Text : Joël Pommerat. This is the story of a group of workers alienated by their work. Text is given as a voiceover on the action by the only person who does not work in the factory. I asked myself : How to manifest this community-drama of the fall and reconstruction of a factory by setting up a relationship between the body and the space. This work is about void, danger, isolation and verticality.